Pucci, Le Prince Des Imprimés
La Maison est née d'une photographie. En 1947, Toni Frissell saisit, dans la neige de Zermatt, une combinaison de ski dessinée par un marquis florentin pour l'une de ses amies. Le cliché paraît dans Harper's Bazaar, et la mode américaine découvre Emilio Pucci. Sans cette image, l'histoire aurait peut-être suivi une autre route. Depuis, la couleur, la matière et la lumière ne se sont plus jamais quittées. À Portofino, où la Maison a présenté l'une de ses collections, la Pucci girl retrouve son paysage naturel.
L'Histoire · Le Marquis Qui Dessinait Le Soleil
Emilio Pucci n'était pas destiné à la mode. Aristocrate florentin, aviateur et skieur accompli, il dessinait d'abord des tenues pour lui et ses proches, jusqu'à ce cliché pris à Zermatt en 1947 qui changea le cours de son existence. En 1950, il ouvre sa première boutique à Capri, alors refuge de la jet-set internationale. Il y propose bien davantage qu'un vêtement : une nouvelle manière de vivre l'été. La couleur, la souplesse des matières, la liberté du corps. Ses motifs géométriques et tourbillonnants puisent dans la Méditerranée, les mosaïques de Florence, les jardins, les fleurs et les îles volcaniques. Battistero, Vivara, Tulipani, Labirinto : les imprimés reçoivent des noms et rejoignent, par milliers, les archives florentines de la Maison. Marilyn Monroe les aimait, Jackie Kennedy également. Pucci dessina aussi l'emblème de la mission Apollo 15 et transforma les uniformes de Braniff International Airways en vestiaire de l'ère spatiale. Un marquis venait de donner à la mode des vacances son langage le plus reconnaissable.
Camille Miceli · La Main D'Aujourd'hui
Depuis 2021, la direction artistique de la Maison est confiée à Camille Miceli. Franco-italienne, née à Paris, elle a traversé Chanel, Louis Vuitton et Dior avant de rejoindre Pucci et une structure volontairement resserrée, loin des grands appareils de création. Sa méthode commence toujours par les imprimés. Elle ouvre les archives, observe les dessins originaux, sélectionne une ligne, une couleur, une vibration, puis les ramène dans le présent sans effacer leur irrégularité. Elle avoue un faible pour les motifs psychédéliques des années 1970 et défend une idée simple : chez Pucci, l'imperfection fait partie de la perfection, parce qu'elle révèle la main, ses hésitations et ses mouvements. Miceli n'a pas cherché à remplacer Emilio Pucci. Elle a remis ses couleurs en circulation et rendu la Maison à ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : une affaire de mouvement, de vacances et de joie.
Pucci compte parmi les Maisons présentes à Portofino durant la saison estivale, et le rapprochement semble naturel : peu de paysages correspondent aussi précisément à son vocabulaire. Le 4 avril 2025, Camille Miceli choisit l'abbaye de la Cervara, suspendue entre jardins et mer à proximité du village, pour présenter la collection Marmo. Les imprimés répondent alors aux marbres, aux feuillages et au bleu du golfe du Tigullio. À Via Roma, on retrouve robes de soie, caftans, foulards et accessoires conçus pour les terrasses au soleil et les traversées en bateau. La Maison ne se contente pas d'occuper le paysage. Elle engage avec lui une conversation de couleurs.
Pucci se raconte par l'image depuis toujours. Après Toni Frissell, dont la photographie de 1947 ouvrit à Emilio Pucci les portes de la mode américaine, les campagnes ont continué d'élargir son territoire. Lachlan Bailey signe en 2022 la première campagne de l'ère Camille Miceli, photographiée à Capri avec Vittoria Ceretti. Oliver Hadlee Pearch filme ensuite Naomi Campbell dans l'énergie nocturne de Passepartout. Pour la saison printemps-été 2026, Carlijn Jacobs installe L'Alba dans un paysage désertique, avant que Tim El Kaïm ne ramène la collection estivale vers la pierre claire, le ciel et l'eau bleue, sous le stylisme d'Emmanuelle Alt. Chez Pucci, le paysage n'est jamais un simple fond. Il participe à l'image.
Avant Pucci, la garde-robe des vacances restait encore largement soumise aux règles de la ville. Lui contribue à installer un autre équilibre : élégant et libre, construit mais décontracté. Dans sa boutique de Capri, le pantalon court trouve l'un de ses décors les plus célèbres. Autour de lui apparaissent le pyjama palazzo, la robe fluide, le caftan et le foulard capable de nouer une silhouette entière. Rien ne doit empêcher le corps de marcher, de danser, de monter à bord ou de descendre vers la mer. La femme Pucci voyage léger et vit intensément. À Portofino, ce vestiaire retrouve exactement le mouvement pour lequel il a été pensé.
Le secret de Pucci ne tient pas uniquement à la couleur. Il repose aussi sur la matière et sur des années de recherche consacrées au tombé, à l'éclat et à la mobilité du vêtement. Soies imprimées, jerseys souples et textiles expérimentaux permettent aux robes de suivre le corps sans le contraindre. À partir des années 1960, Emilioform, un jersey synthétique développé pour la Maison, pousse encore plus loin cette recherche de souplesse et de résistance. C'est là toute la modernité de Pucci : avoir compris très tôt que le luxe pouvait aussi résider dans la légèreté, dans une pièce facile à emporter et capable de suivre une femme d'une île à l'autre.
Tout a commencé par une photographie,
dans la neige de Zermatt, en 1947.
Une image, et une Maison naissait.
Près de quatre-vingts ans plus tard,
Pucci se raconte encore ainsi :
par la lumière,
et par la couleur qu'elle révèle.
Pucci n'a jamais seulement habillé la ville. Il a habillé les vacances : le pont d'un bateau, une terrasse à l'ombre, la baignade de midi, le dîner lorsque la chaleur commence à retomber. Portofino offre le décor exact de cette liberté méditerranéenne qu'Emilio Pucci avait comprise et que Camille Miceli remet aujourd'hui en mouvement. Une femme descend d'un yacht, une robe de soie dans le vent, et l'imprimé dialogue avec les façades roses. Ici, elle ne détonne pas. Elle semble retrouver sa géographie. Depuis cette photographie de 1947, la Maison poursuit finalement le même geste : saisir la lumière du Sud et la déposer sur les épaules des femmes.
Pucci · Mode
Boutique saisonnière · Via Roma 10 · Portofino
Maison fondée par Emilio Pucci, marquis de Barsento, en 1947
Première boutique ouverte à Capri en 1950
Direction artistique : Camille Miceli, depuis 2021 · Maison du groupe LVMH
Les Repères
Le cliché fondateur : Toni Frissell · Zermatt · 1947 · Harper's Bazaar
« Le prince des imprimés » · Les archives florentines · Le vestiaire resort
La collection Marmo présentée près de Portofino en avril 2025
L'Image
Campagnes signées Lachlan Bailey, Oliver Hadlee Pearch, Carlijn Jacobs et Tim El Kaïm
Stylisme : Emmanuelle Alt pour plusieurs campagnes de l'ère Camille Miceli
Les Codes
L'imprimé psychédélique · La couleur acidulée · La matière légère · Le pantalon court · L'esprit resort
Un matin d'été à Portofino,
une robe de soie traverse la Piazzetta comme un vitrail en mouvement.
On ne sait plus si c'est la femme qui porte l'imprimé,
ou l'imprimé qui la fait danser.
PUCCI
© Pucci | Source : Instagram @emiliopucci

























